10/02/2014

La chronique qui rappelle la réalité

 

A tous ceux qui se lamentent depuis hier après-midi, qui clament partout leur honte d’être suisses, ce pays de xénophobes, il serait quand même bon de rappeler la réalité. La Suisse est le grand pays de l’immigration, loin devant tous les autres pays européens. Plus d’un tiers de la population suisse est issue de la migration, 2,4 millions de Suisses il y a deux ans. Une ville comme Genève avait 189 000 étrangers sur une population de 470 000 personnes, soit 40% d’étrangers fin 2012, et pourtant, elle a voté massivement hier contre l’initiative de l’UDC. Quelles villes européennes peuvent se vanter d’être aussi ouvertes ?

En proportion, la Suisse accueille deux fois plus d’immigrants que les Etats-Unis. Pour trouver plus ouvert aux immigrants que la Suisse, il faut aller jusqu’à Singapour. La France qui aime nous faire la leçon n’est même pas dans les 25 pays qui accueillent le plus d’étrangers. Elle accepte 200 000 immigrants légaux par an, contre 80 000 en Suisse, malgré un territoire exigu et une absence quasi totale de logements libres dans les zones les plus industrialisées.

A partir du milieu des années 80, il y a plus de gens qui sont venus s’installer en Suisse qu’en Australie ou au Canada ! Durant la seule année 1992, 129 000 personnes sont arrivées en Suisse. Et si le statut de saisonnier tant décrié était clairement un scandale, il a malgré tout permis à 7 millions de gens de travailler en Suisse entre 1948 et 2002, dont un demi-million de femmes allemandes et autrichiennes. En 2011, la Suisse abritait 14% de citoyens d’autres états membres de la communauté européenne, alors que l’Allemagne n’en avait que 3%. Mais c’est clair, la Suisse est un pays de xénophobes, dont il faudrait avoir honte. Je ne sais pas dans quels fantasmes, je cherche encore.

 

http://blogs.rts.ch/la-vie-est-belle/tous-xenophobes/

21/06/2012

La vie est belle

La chronique quotidienne d'Eric Grosjean

C’était assez déroutant de voir Barack Obama « effrayé par les massacres en Syrie » l’autre jour à la télévision. Pour rappel, Barack Obama est toujours le chef suprême de la plus grande armée du monde. L’armée d’un pays dont les soldats ont fait des millions de morts. Un pays dont la politique est aussi la cause de quelques autres millions de morts depuis un peu plus d’un demi-siècle.

On pourrait, en allant vite, citer 2 millions de morts dont un million de civils en Corée ; au bas mot 500 000 morts en Amérique du sud entre le Salvador, le Guatemala, le Nicaragua et tout un tas d’autres pays remplis de dictateurs activement soutenus par les Etats-Unis, pays qui était aussi derrière les dictatures brésiliennes et chiliennes responsable d’une centaine de milliers de morts ; 60 000 morts en Haïti à la fin des années 50 ; 600 000 morts au Cambodge ; 5 millions de morts dont 4 millions de civils durant la guerre au Vietnam et au Laos ; quelques dizaines de milliers de morts dans l’Espagne franquiste ; un million de morts en Iran dans les années 80, quand les Américains soutenaient les Irakiens ; 600 000 morts entre la Somalie et l’Angola ; 300 000 morts en Irak dans les années nonante grâce à George Bush, 300 000 morts en plus dont 120 000 civils dès 2003 avec à George W. Bush ; 40 000 morts en Afghanistan parmi les insurgés ; 2000 morts au Pakistan et la liste est assez loin d’être exhaustive mais elle devrait suffire à trouver franchement déroutant les propos d’un Barack Obama, quand il trouve « effrayants » les massacres perpétrés lors de la guerre civile syrienne.

Il aurait été encore plus « effrayant » qu’il ne les condamne pas, mais quand ces mots sortent de la bouche du président d’un pays qui a tué des hommes, des femmes et des enfants par millions depuis un demi-siècle, c’est toujours un peu déroutant, pour ne pas dire carrément déplacé. Un peu comme si Vladimir Poutine partait en campagne contre les armes à feu avec Michael Moore à travers les Etats-Unis, mais je suis pas certain que ce soit la bonne image, alors si vous avez une autre idée, n’hésitez pas à nous la faire partager sur ce blog.

Je tiens à préciser que ce n'est pas parce que l'on parle des USA que l'on est antiaméricain. Il y a une différence entre le peuple et la politique et que l'amalgame arrange surtout quelques personnes mal intentionnées, voir bêtes et stupides. Le constat, lui, on ne peut pas le nier malheureusement.

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